Réponse à M. Juppé sur des détails : la demande d'asile

Lors d'une conférence sur la mondialisation destinée à des étudiants, j'interrogeai M. Juppé, Maire de Bordeaux, sur son sentiment à l'égard du Ministère de l'Immigration et de l'Identité. Sa réponse fut politiquement sans surprise: il ne fallait pas en avoir honte, bien au contraire. Il avait été le premier à mettre l'attention sur l'immigration "subie", que représente le regroupement familial, la demande d'asile et l'immigration clandestine, et il fallait lutter contre. Après, dit-il avec malice, il y a les détails... Il prit l'exemple du Canada qui choisissait sans scrupules ses immigrants. Ce ministère semblait finalement répondre à ses valeurs de patriotisme auquel s'oppose le nationalisme.

Je voudrai répondre à M.Juppé sur les détails, justement ils m'intéressent, car ils me préoccupent chaque jour. Des amalgames entremigration clandestine et les autres immigrations "subies", des glissements implicites de sens entre "subie" et donc indésirable me semblent en effet très dangereux: faut-il en effet sans scrupules égratigner les droits humains fondamentaux dont la protection des demandeurs d'asile au nom d'une lutte sans merci contre la clandestinité?

Comment peut-on admettre l'inhospitalité de notre pays à l'égard de ceux qui fuient en effet, la misère, mais également la répression et la violence politiques?

Comment admettre l'injustice des procédures de la demabde d'asile, qui au nom de la suspicion et de la traque du menteur, abandonne des hommes, des femmes et des familles dans le plus grand des désespoirs?

Ce sont sans doute des détails... et je plaide pour une politique qui s'en péoccuperait, et qui pourrait regarder ces demandeurs d'asile comme des personnes qui ont choisi la France pour son aura et son histoire, qui ont pu fuir parce que pleins de rage de vivre. Ils n'ont pas toujours de diplômes mais ils sont cela: le courage de se battre. Il nous en faut sans doute pour ne pas approuver ce Ministère qui finirait par nous faire croire que nous sommes en danger, d'être envahis, dilués... Ce à quoi, nous pourrions répondre "Il n'est frontière qu'on outrepasse"1, forts de l'expérience des citoyens français qui ont connu l'exil, la migration, la déportation... et qui font de notre France une belle nation métissée.

Vive la France Arc en Ciel!

C. Mestre, Itinéraires Carnet de l'association, n°8, 2006.

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1. Glissant E, Chamoiseau P. Quand les murs tombent, l'identité nationale hors-la-loi? Editions Galaade, Institut du Tout-Monde.

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Dernière mise à jour de cette page le 13/07/2008

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