11 et 12/02/2009

http://www.clinique-transculturelle.org/pdf/colloque_racismes.pdf

http://www.clinique-transculturelle.org/pdf/argument_colloque_racismes.pdf

COLLOQUE ANNUEL INTERNATIONAL DE LA REVUE L'AUTRE

Racisme et rapport de pouvoir dans l'espace clinique

Organisé conjointement avec:

l'unité de pédiatrie interculturelle du CHU Sainte Justine (montréal), Pavillon Albert-Prévost (université de montréal), Dvision de psychiatrie sociale et culturelle (université Mcgill), C.S.S.S. de la montagne, Université Paris 13 et Paris 5.

Cécile Rousseau, Maryse Potvin, Gilles Bibeau, Marie Rose Moro

Colloque annuel international de la revue L’autre du 11 et 12 février 2009 :

« Racismes et Rapports de pouvoir dans la clinique »

 

Colloque organisé par les équipes transculturelles de Montréal et particulièrement par Sylvaine Deplaen et Cécile Rousseau, psychiatres.

 

Cécile Rousseau place la question du racisme en clinique sous un aspect moral en reprenant la pensée de Ricœur selon laquelle nous avons une responsabilité politique pour ce que notre société fait ou a fait. Que faire face à un acte de racisme, le nommer ? le dénoncer ? Et se faisant est on sûr d être efficace ? De protéger l’autre ? On peut se taire mais le coût du compromis est élevé, il s’agit d’assumer le niveau de compromission en étant « complice consciemment ». Cécile Rousseau plaide « pour une indignation radicale à bas bruit », qui entraîne aussi le deuil de notre bienveillance pour éviter un certain clivage (bien/mal).

Marie Eve Cotton analyse les représentations péjoratives dont font objet les peuples premiers du Canada et comment elles influence jusqu’à l’expertise médico légale.

Marion Feldman témoigne quelles difficultés elle a pu rencontrer en France en faisant son travail de thèse sur les enfants juifs cachés. Un silence entretenu par ces enfants devenus parents pèse de façon ambiguë sur leurs descendants.

Marie Rose Moro fait de la colère une poétique de la relation. Le racisme résiste à toute argumentation, mais pour lui tordre le coup en clinique, elle propose des pistes pour nos dispositifs : Analyser son propre contre transfert culturel, proposer une diversité des thérapeutes, et des langues. L’analyse du contre transfert culturel c’est se demander ce que fait la différence sur nous, et qu’est ce qu’on fait avec notre différence. La diversité des thérapeutes est mise au service du soin, il s’agit d’une « diversité en acte ». La traduction qui s‘y déroule est pour le patient et pour le thérapeute. Les conséquences de ce dispositif sont concrètes pour les différentes problématiques que sont l’accès aux psychothérapies, les errances diagnostiques et le bilinguisme des enfants de migrants et son évaluation.

Malika Mansouri a fait une enquête dans la banlieue nord de Paris pour comprendre les ressorts des émeutes en 2005. Elle analyse le rapport à l’école des enfants de migrant, l’école créant des malentendus sur ses missions et ayant tendance à déligitimer les parents migrants. C’est pourquoi les populations migrantes font l’expérience de la disqualification et de la déqualification. Comprendre alors l’école devient un défi pour eux.

Christian Lachal propose le concept de « l’espèce humaine », terme utilisé par l’écrivain Robert Antelme à son retour des camps de concentration. Il dénonce l’attaque de l’humain dans l’humain et notamment à travers le récit de son expérience de psychiatre travaillant auprès de demandeurs d’asile, expérience fortement ébranlée par l’irruption d’une décision administrative arbitraire, celle du Préfet du Puy de Dôme qui lui a enlevé son agrément de psychiatre, qui lui permettait de faire des attestations médicales pour des demandes de séjour pour soin.

Claire Mestre à travers l’histoire d’une psychothérapie qu’elle a engagée avec une fille de harki, analyse son contre transfert historique, qui permet la coconstruction d’une mémoire traumatique commune.

Felicia Heidenreich dialectise l’utilisation des « étiologies traditionnelles » dans la consultation transculturelle. Elles peuvent être source de compréhension par la création de l’alliance thérapeutique, l’ouverture vers de nouvelles pistes, la contribution à l’empowerment des patients, et la mise en cause de l’hégémonie biomédicale. Mais elles peuvent faire preuve d’enfermement par l’occultation du vécu dans le pays d’accueil, le racisme et le travail sur la différence culturelle. Elles font prendre le risque au thérapeute d’être positionné comme un devin. L’auteure propose de penser le rapport de pouvoir qui accompagne son utilisation et de les prendre comme des métaphores.

Gilles Bibeau abonde dans cette proposition en l’extrapolant à la relation transculturelle : il propose sa déconstruction en posant différentes questions : comment l’autre me voit ? Comment revenir à la tradition à partir d’un autre univers ? Comment penser l’occident à partir d’autres univers ? Il s’agit de défaire l’hégémonie de la pensée occidentale. Par ailleurs, il déplore la réintroduction du terme race en clinique comme dans les sciences humaines.

Araine Warnant tente d’analyser les rapports de pouvoir qui peuvent exister entre les thérapeutes. Cette question est quasiment taboue de façon explicite, mais peut être évoquée à travers une histoire clinique où le groupe thérapeutique s’interroge sur sa position face à une famille qui veut faire exciser sa petite fille.

Hélène Asensi explore à partir de sa pratique de psychiatre dans la ville française de Clermont Fd quels sont les groupes d’enfants qui sont les plus exposés à la discrimination ; enfants roms, enfants de sans papiers. Elle illustre sa position de soignante face au racisme exprimé par les enfants à l’égard des enfants exclus.

 

Ce colloque a été d’une grande intensité émotive mais aussi intellectuelle et épistémologique. Le point commun aux interventions fut leur grande qualité. Malheureusement toutes n’ont pu être évoquées dans ce court compte rendu par manque de notes. Il est à noter, l’exigence de tous, de mettre à l’épreuve l’histoire de son pays, celui de la colonisation et de ses rapports avec ses migrants pour la France, celui de la migration et du rapport aux peuples premiers pour le Québec, mais également les présupposés théoriques qui peuvent véhiculer des rapports de pouvoir abusifs et injustes dans les relations de soin mais aussi d’expertise. Un regard critique sur nos sociétés et sur leurs institutions dont l’école, s’est exprimé dans les interventions. Le rôle des migrants dans la réflexion et la critique de ces rapports de pouvoir aliénant jusque dans la clinique était évident pour tous.

Claire Mestre

Présidente de Mana

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Dernière mise à jour de cette page le 11/03/2009

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